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17 avril 2019

Santé, éducation, justice sociale

Le budget de la CAQ ne convainc pas Équité Outaouais

C’est avec conviction et des documents à l’appui que les représentants en santé, éducation et justice sociale d’Équité Outaouais ont critiqué le premier budget du gouvernement caquiste de François Legault.

Hélène Desgranges , pigiste

Suzanne Tremblay, porte-parole d’Équité Outaouais en matière d’éducation, aimerait que de nouveaux programmes universitaires soient offerts à L’université du Québec en Outaouais (UQO) à Gatineau «afin de rapatrier les 12 000 jeunes qui partent chaque année étudier ailleurs» (photo: Pixabay).
Suzanne Tremblay, porte-parole d’Équité Outaouais en matière d’éducation, aimerait que de nouveaux programmes universitaires soient offerts à L’université du Québec en Outaouais (UQO) à Gatineau «afin de rapatrier les 12 000 jeunes qui partent chaque année étudier ailleurs» (photo: Pixabay).

Si l’on en juge les propos des porte-paroles d’Équité Outaouais, la Coalition Avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis les élections d’octobre 2018, ne tient pas ses promesses dans la région.

Le 9 avril, Équité Outaouais a transmis ses impressions par rapport au premier budget déposé par le gouvernement de François Legault. Par rapport aux sommes réparties partout au Québec en éducation, en santé et en justice sociales, celles destinées à la région de l’Outaouais sont inéquitables et insuffisantes. Certaines promesses du député de Gatineau, Robert Bussière, ne seraient pas tenues.

«Nous désirons que la population porte ses messages vers les élus afin que ceux-ci les portent vers Québec», souligne Suzanne Tremblay, porte-parole d’Équité Outaouais et présidente du syndicat de l’enseignement de l’Outaouais.

Rappelons qu’Équité Outaouais réunit des résidents de l’Outaouais soucieux des iniquités en matière de services de santé, d’éducation et de justice sociale. Ce regroupement vise à mobiliser la population dans le but d’obtenir un rehaussement de la quantité et de la qualité des services dans ces trois domaines, ici, en Outaouais. Il s’agit d’une organisation non-partisane ouverte à tous.

Où est l’argent?

Gilles Aubé, médecin de famille et porte-parole d’Équité Outaouais en matière de santé est catégorique: «L’Outaouais est la deuxième région la plus pauvre du Québec mais nos impôts servent à financer les régions les plus riches, c’est le tiers-monde!»

Il affirme ne pas inventer ces informations, en expliquant qu’il les a tirées de la recherche intitulée «Effets et retard de financement public sur les systèmes de santé et d’éducation postsecondaire en Outaouais», réalisée en août 2018 par le chercheur de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), Bertrand Schepper.

Lors du dépôt de budget du présent gouvernement caquiste, Équité Outaouais s’est posé la question: où est l’argent pour l’Outaouais?

Le regroupement, qui a organisé des débats politiques dans tous les secteurs de l’Outaouais lors de la dernière campagne électorale, souligne que la CAQ a utilisé le rattrapage que la région devait faire par rapport aux autres pour convaincre les électeurs de voter pour elle.

Équité Outaouais questionne donc le fait qu’il n’y ait à peu près rien dans le dernier budget pour l’Outaouais spécifiquement et que des projets prioritaires, tel que la construction d’un nouvel hôpital pour 2024, soient mis à l’étude et ainsi retardés et mis en attente encore dix ans.

À propos du volet santé

Selon M. Aubé, le manque de 185 lits dans la région touche surtout les hôpitaux du secteur urbain, mais il souligne que la Vallée-de-la-Gatineau demeure dépendante de ces centres hospitaliers pour des cas plus graves ou des services non-offerts.

Pour lui, la Vallée-de-la-Gatineau, qui avait déjà été touchée par la réforme Barrette en perdant la proximité avec ses administrateurs se verrait donc, par la bande et une fois de plus, défavorisée. Les administrateurs rapatriés à Gatineau connaissent souvent mal les besoins quotidiens du milieu. Il pense que le redéploiement de ces ressources dans les régions serait un atout.

En contrepartie, certains aspects positifs ont été ressentis dans les dernières années tel que l’accès aux omnipraticiens qui offrent des services de base.

Au niveau des chirurgiens, cependant, M. Aubé précise qu’il est de la responsabilité morale et éthique de l’association des chirurgiens du Québec de mandater des individus pour venir desservir les régions. La Vallée-de-la-Gatineau serait donc en droit d’exiger une meilleure répartition pour des services adéquats à ses citoyennes et citoyens.

Éducation et exil des jeunes

L’étude de l’IRIS établit quelques comparaisons démontrant l’impact du retard de financement public en éducation pour la région de l’Outaouais. En guise d’exemples, alors que l’Estrie compte 80 programmes en éducation professionnelles (DEP, ASP, AEP) et 188 de niveau universitaire (Baccalauréat, maîtrise et doctorat), l’Outaouais, pour sa part, n’offre que 44 programmes en éducation professionnelle et 41 au niveau universitaire.

De plus, la proximité avec l’Ontario occasionnerait un exil des jeunes qui traverseraient la rivière des Outaouais afin de trouver les programmes non offerts dans la région, à un coût trois fois plus élevé.

Le manque de programmes en Outaouais serait une cause, dans la Vallée-de-la-Gatineau, de la défusion parfois à long terme, des noyaux familiaux. Les jeunes professionnels déserteraient la région pour s’établir ailleurs.

Selon Mme Tremblay, les jeunes de la Vallée-de-la-Gatineau doivent être considérés et recevoir les mêmes chances que les autres. En recevant plus de financement, il serait possible de repenser le déploiement des programmes d’études post-secondaires dans la région, de développer plus de formations professionnelles à Mont-Laurier ou offrir des cours collégiaux en science humaine ou autres programmes de base par exemple.

Justice sociale et logement abordable

«Il y a des gens qui paient plus de 50% pour se loger, qu’est-ce qui leur reste pour manger?», s’indigne Danielle Beaudry de l’ Association de solidarité et d’entraide communautaire (ASEC) Vallée-de-la-Gatineau.

Pour l’organisme, la salubrité des logements du secteur et le manque de financement ont des répercussions importantes. «On n’a pas le droit de laisser un humain vivre de cette façon-là», ajoute Mme Beaudry en parlant des conditions parfois aberrantes dans lesquelles vivent certaines personnes de la Vallée-de-la-Gatineau.

Alors que le porte-parole D’Équité Outaouais en matière de justice sociale parle des enjeux de la crise du logement en milieu urbain, le portrait ne semble pas plus reluisant en Haute-Gatineau. La pénurie de logement abordable se fait ressentir ici aussi.

Un projet de logement social abordable avec soutien communautaire progresse maintenant depuis au moins quatre ans et voudrait voir le jour à Gracefield pour ensuite, faire des petits ailleurs dans la Vallée-de-la-Gatineau. Mais, sans budget pour l’embauche d’un chargé de projet et pour la section du soutien communautaire, malgré la formation d’un organisme dédié uniquement à la réalisation de ce projet, le tout stagne.

«Dans le rural, il y a une itinérance qu’on ne voit pas. La semaine dernière, un couple qui connaissait probablement mal ses droits a été mis à la porte de son logement avec un enfant de dix ans. Ils sont devenus des itinérants». La situation préoccupe Mme Beaudry, qui fait partie du seul regroupement de défense de droit pour toute la Vallée-de-la-Gatineau. Elle est la seule employée permanente de l’ASEC. «Il y a 11 organismes de défense de droits en Outaouais mais pour notre territoire, nous sommes seuls», raconte-t-elle. Elle souligne que si le logement est le sujet principal pour les prochaines années, l’ASEC ne fait tout de même pas fi des autres préoccupations de la population comme la santé ou l’éducation.

Le porte-parole d’Équité Outaouais en matière de justice sociale n’avait d’ailleurs que des bons mots à dire de cette femme qui connait sur le bout des doigts la situation de la Vallée-de-la-Gatineau et qui permet à ce secteur de ne pas être oublié lors des revendications régionales.

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Hélène Desgranges , pigiste

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