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10 avril 2019

Le député Amos à propos de l’affaire SNC-Lavalin

«C’est devenu un mélodrame totalement hors proportions»

Alors que les deux anciennes ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott ont été expulsées du caucus libéral par le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, Le Choix a questionné le député de Pontiac, William Amos, au sujet de l’affaire SNC-Lavalin.

Simon Dominé , Journaliste

Le député fédéral William Amos, en compagnie du ministre fédéral des Finances, Bille Morneau (photo: gracieuseté).
Le député fédéral William Amos, en compagnie du ministre fédéral des Finances, Bille Morneau (photo: gracieuseté).

Étiez-vous en faveur de l’expulsion du caucus libéral des anciennes ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott. Pourquoi?

Absolument. Parce que le lien de confiance qui existait entre ces deux personnes et notre équipe a été brisé. C’est dommage. Mais vraiment, quand on enregistre les conversations sans le consentement de quelqu’un, quand elles ont exprimé sans arrêt qu’elles n’avaient pas confiance dans le gouvernement et dans le leadership du Premier ministre, c’est évident que ces deux anciennes collègues ne pouvaient plus faire partie de notre équipe.

«Il faut être capable de tenir sa tête haute, de se regarder dans le miroir à la fin de la journée et de se dire que les choix faits étaient les meilleurs dans les circonstances.» Ce sont les mots de Mme Philpott. Aujourd’hui, après l’éviction de vos deux anciennes collègues, vous estimez-vous capable d’en dire autant?

Absolument. Depuis le début, notre gouvernement et moi aussi on s’est montré patient. L’enjeu a été pleinement discuté, non seulement avec elles, mais avec la nation. Le fait que le Premier ministre a levé le privilège et la confidentialité de l’avocat avec son client pour permettre cette discussion publique et pour permettre qu’elles amènent leur point de vue, ç’a permis non seulement au gouvernement, mais aussi au public, d’évaluer les faits, les circonstances. Moi, j’ai parlé personnellement, directement, avec les deux. Et très franchement, il faut qu’un gouvernement soit une équipe soudée. Par le passé, on a vu ce qui se passe quand le gouvernement libéral met de l’emphase sur des querelles internes. Ni le Pontiac, ni le Canada, ne peuvent permettre qu’un débat à l’interne devienne une distraction. Alors, la décision a été prise et je crois que c’est dans l’intérêt public qu’on passe à autre chose.

Dans la conversation de 17 minutes enregistrée par Mme Wilson-Raybould, l’ancien greffier du conseil privé, Michael Wernick, insiste afin qu’elle demande à la directrice des poursuites pénales de revoir sa position envers SNC-Lavalin. Si ce n’est pas de l’ingérence politique qui va à l’encontre du principe constitutionnel de l’indépendance judiciaire, vous appelez ça comment vous?

Je crois que c’est tout à fait normal et raisonnable, dans un contexte où il y a toujours des discussions entre le procureur général et le ministre de la Justice, avec le Premier ministre, avec d’autres ministres, avec ses collègues du Cabinet, qu’il soit demandé de considérer une deuxième opinion. C’est tout à fait normal et approprié. Et je trouve qu’on a créé un mélodrame avec tout ceci. Ce qui aurait été scandaleux, c’est si on n’avait pas au moins demandé la considération d’une deuxième opinion. C’était dans l’intérêt public que ça soit (…) au moins considéré. Et je trouve dommage que notre collègue n’ait pas voulu le faire.

Est-ce qu’en expulsant ces deux femmes vous n’envoyez pas aux entreprises accusées de corruption le message qu’elles pourront toujours s’en tirer à bon compte?

Pas du tout. L’option d’un accord de réparation, c’est une option qui existe sous le Code criminel. Ça impose des sanctions. C’est une autre voie pour assurer que la compagnie soit punie, mais en minimisant les effets nocifs ou négatifs vis-à-vis les employés qui n’ont rien fait. Ceux qui ont des pensions. Qui ne méritent pas de punition. C’est nullement une question d’un laisser-passer. Pas du tout! La question, c’est: comment vont-ils être punis? Et l’importance, c’était que dans ce genre de circonstances, il fallait au moins, à mon avis, considérer comment une telle compagnie aurait pu être poursuivie, pour la punir par le biais du Code criminel, en minimisant les effets sur les tierces parties, y compris les employés et les pensionnés.

Craignez-vous que cette saga qui dure depuis deux mois mine vos appuis dans votre propre circonscription, en particulier chez les femmes et les autochtones?

Pas du tout. Je trouve que mes commettants et les Canadiens en général sont très intelligents. Ils ont eu l’opportunité d’écouter tous les côtés de cette histoire. Ils ont pu évaluer eux-mêmes et continuer de pouvoir évaluer pour eux-mêmes. Et quand je cogne des portes – et je cogne des portes deux fois par semaine – je constate que ce qu’on me dit, c’est définitivement: «Il est temps de passer à autre chose, nos priorités sont la création d’emplois, les opportunités pour la classe moyenne et ceux qui voudraient la joindre, nos aînés, nos infrastructures, l’Internet». Comme j’ai dit, c’est devenu un mélodrame totalement hors proportions. Et mes commettants ont le droit de dire – comme ils me le disent: «S’il vous plaît, est-ce qu’on peut discuter d’autre chose»?

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Simon Dominé , Journaliste

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