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8 mars 2019

Premières Nations

Une loi controversée pour protéger les langues autochtones

Le 5 février dernier, le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a déposé une loi visant la protection des langues autochtones. Un premier pas en vue de la réconciliation qui n’est pas accueilli unanimement.

Renaud Gilraldeau , Pigiste

Le projet de loi pour la protection des langues autochtones a été déposé le 5 février dernier (photo: Pixabay).
Le projet de loi pour la protection des langues autochtones a été déposé le 5 février dernier (photo: Pixabay).

Au moment du renvoi en deuxième lecture du projet de loi, le ministre Pablo Rodriguez a déclaré à la Chambre des communes que le Canada avait «nié sciemment l’identité d’un peuple, c’est-à-dire ses langues et ses cultures, pour lui en faire adopter une autre». Son projet de loi vise, selon lui, à répondre à cette négation historique en rétablissant les langues autochtones afin d’aller au-delà des excuses adressées aux nations autochtones dans la foulée de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Il ajoute que la situation presse puisque «l’UNESCO estime que les trois quarts des langues autochtones actuellement parlées au Canada sont en danger» et qu’aucune des 90 langues autochtones n’est jugée dans un état sûr.

Le député fédéral de Pontiac, William Amos, a confié avoir constaté cet état de crise lorsqu’il a voulu faire une intervention en algonquin à la Chambre des communes. «En 2017, je suis allé chercher de l’aide pour apprendre l’algonquin. Ils m’ont aidé pour mon intervention en chambre, mais ils ne pouvaient pas justifier de consacrer plus de temps par la suite, même si j’ai le désir d’apprendre. Les Algonquins concentrent tous leurs efforts à ceux qui vont pouvoir préserver la langue dans le futur», témoigne le député.

C’est que les ressources pour l’enseignement et l’apprentissage des langues autochtones sont rares. La loi prévoit donc la création d’un Bureau du commissaire aux langues autochtones qui servira à s’assurer que les langues autochtones sont promues, respectées et protégées. Le fait d’introduire une pièce législative permet aussi d’améliorer les chances que des programmes de valorisation des langues autochtones soient financés adéquatement par le Gouvernement fédéral. «Il y aura de l’argent pour les communautés autochtones afin qu’ils puissent assurer la survie de leurs langues», assure William Amos.

Une menace historique

Les langues autochtones sont aujourd’hui menacées en raison des actions coloniales passées du gouvernement fédéral, tel que révélé par la Commission de vérité et réconciliation du Canada. La Commission avait même été jusqu’à qualifier ces actions de «génocide culturel». Certaines nations autochtones n’ont pas été convaincues par l’approche du ministre. C’est le cas des Inuits qui, par la voix de leur président Tapiriit Kanatami (tel que rapporté par La Presse), ont affirmé qu’il s’agissait «d’une autre initiative législative développée à huis clos par un système colonial».

Le député fédéral de Pontiac, William Amos, voit d’un bon œil le projet de loi pour ses commettants : «C’est important comme symbole, la langue est au cœur de ce que nous sommes. Il faut réparer les torts passés du gouvernement canadien», a-t-il déclaré. Le député insiste pour dire que les autorités fédérales ont cherché à déposséder les autochtones de leur culture afin de les assimiler depuis la fondation du Canada. Il juge cependant que la Commission de vérité et réconciliation du Canada a établi des bases solides pour une réconciliation véritable et que ce projet de loi en fait foi. Le Choix est entré en contact avec Verna Polson, la Grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg le 8 février dernier. À ce moment, cette dernière a déclaré vouloir prendre le temps d’étudier la loi et n’a émis aucun commentaire. Depuis, elle n’a retourné aucun des appels du Choix pour préciser la position de la nation algonquine au sujet de la loi.

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Renaud Gilraldeau , Pigiste

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